samedi 21 avril 2012

visiteur

Visiteur,

Ce qui suit est à prendre pour ce que c'est, l'expression des impressions à chaud d'un étudiant en réalisation de l'EICTV principalement durant les moments les plus difficiles de ses deux premières années. Pas objectif, peu équilibré, donc à relativiser, mais toujours sincère et j'espère d'un peu d'intérêt. Aujourd'hui en fin de troisième anné, à trois mois de plier bagages, je peux dire que je me régale à l'EICTV...

À bon entendeur, Salut.

samedi 30 octobre 2010

Campismo

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Ici commence le récit du premier exercice de la deuxième année. Il s’agit d’un documentaire à réaliser à Guanajay, une petite ville qui se trouve à une vingtaine de kilomètres de l’école. J’ai constitué une équipe qui me plaît, avec Daniel l’argentin comme producteur et Jacob du Guatemala, comme photographe, qui sont mes plus proches amis. Carlos Maroquí est au son, un autre « chapin » (guatemaltèque), et deux brésilien, Gustavo et Rodrigo, sont respectivement « scénariste » (un scénario est requis pour filmer la réalité, ça semble presque absurde, et ça l’est sûrement), et monteur.

Dès le premier jour de repérage, moi de mon côté et Daniel du sien nous intéressons pour le salon de coiffure qui fait l’angle à côté du théâtre en reconstruction, en face de l’église. Elle s’appelle « Ilusíon », elle se compose d’un grand espace éclairé par de hautes fenêtres, le mobilier est des années cinquante, et il fait son age. C’est fermé le dimanche, mais nous rencontrons, chez elle, une première coiffeuse, Mimí, qui nous parle très gentiment de son travail et de ce lieu, et nous donne le contact de Teresa, l’administratrice.

Nous décidons de filmer là, et rapidement se dessine le nœud dramatique principal: une vaste réforme du travail qui pourrait mettre en péril le salon de coiffure par des réduction d’effectif, et, ou, un changement de statut d’unité de travail d’Etat à coopérative. Plusieurs conflits mineurs comme le manque de produits de beauté, les coupures ou le quota d’électricité qui compliquent le labeur des coiffeuses, et cette menace qui plane sur leur emploi, en parallèle avec la quête infatigable de la beauté, cela nous semble une belle métaphore de la fragilité humaine, et nous avançons donc assez surs de nous.

Nous peaufinons, nous négocions. Entre nous d’abord, car je veux donner la parole à Daniel, ainsi qu’à tous mes coéquipiers. Puis avec les diverses autorités à même d’autoriser le tournage. Nous investissons le salon, et Teresa s’impose comme le personnage prépondérant, femme histrionique, jouant continuellement sur le mode de la séduction. Nous obtenons, entre autre, de filmer la prochaine réunion syndicale, où sera peut-être abordé de nouveau le thème qui nous intéresse.

Nous rencontrons nos assesseurs. Basel, jeune documentariste hispano égyptien, m’est attribué. Il parle du nez, est très rapide et très cassant, mais sympathique – curieux mélange. Natcho est l’assesseur de production, une vraie crème. Kique, cubain, pour la partie scénario, s’avèrera plus tolérable que je l’espérai. Nous négocions avec eux, jusqu’au pitch, première étape importante, celle où nous présentons le projet.

Le pitch, à l’EICTV, c’est quasiment le seul rendez vous qui confronte les étudiants et le corps académique et administratif. C’est donc un évènement important que nous ne prenons pas à la légère. Nous passons les premiers et après une brève introduction de Daniel nous projettons la petite bande annonce qui montre notre personnage, Teresa, faisant elle-même le pitch du documentaire qu’elle imagine, un film qui aurait beaucoup de ralentis et une jolie musique et qui s’appellerait « Magnolias d’acier », avec une fin heureuse… Teresa touche son public. Gustavo fait ensuite le récit de notre rencontre avec le salon de coiffure et avec Teresa, un peu nerveux, mais enthousiaste, pendant que je fais défiler les jolies photos de notre présentation PowerPoint, et enfin j’explique très calmement quel film j’espère réaliser, pourquoi, et comment. Daniel clôt avec une citation sur le pouvoir et la fragilité. On attend les commentaires… De sa voie impressionnante D. Diaz Torres, directeur de la spécialité réalisation, fait l’éloge du projet et une gentille remarque sur le ton, à manier avec précaution : un peu d’ironie, beaucoup de tendresse, et non le contraire… Il ne nous sera pas nécessaire de le rassurer : nos assesseurs le font pour nous. Presque trop lisse pour être vrai, notre pitch aura été en tous points parfait et laissera une excellente impression. Et une expectative…

Le tournage débutera un samedi. En fait il devait démarrer le lundi suivant mais nous avons obtenu de l’avancer, de dédoubler un des quatre jours en deux demies journées, pour le motif que les samedi viennent au salon plein de minettes qui veulent se faire belle pour la soirée disco. Elles arrivent tôt le matin et se tapent un peu de queue pour être sûres de rentrer dans le quota de kilowatts. Moi j’ai rechargé un peu de confiance avec le pitch de la semaine passée. Mais la prise de tête ne fait que commencer. Des assesseurs, des professeurs, des directeurs de ci et de ça responsables de tout et de partout nous empêchent de tourner en rond. Le bon côté de la chose, c’est que ça nous oblige à être précis et sûrs de nos choix. Le mauvais, c’est que c’est excessif et pesant. Et que ça ne va pas cesser jusqu’à la fin du montage.

Jeudi soir. C’est la dernière ligne droite et je planche sur une énième version du scénario avec Gustavo. Il y a une bonne émulation, même si je perds parfois un peu le contrôle.

Ce soir là nous y restons jusqu’à trois heures du matin. Contents tout les deux, on fait une ballade nocturne jusqu’aux appartements des « talleristas », avec une bière dans chaque main, pour voir s’il y a un peu de fiesta par là-bas. J’ai le vague espoir d’y retrouver une mexicaine qui m’a laissé sur le carreau la veille, après m’avoir copieusement allumé. Mais non, tout est mort, et de toutes façons, ayant le lendemain retrouvé Pocahontas dans ma chambre, vers dix heures, supposément pour lui montrer mes petits films en vue d’un festival qu’elle organise à Mexico, j’ai épuisé en vain sur elle mes dernières ressources de galant, mes dernières blaguounettes, mes derniers regards qui en disent longs, et tout avait un goût de passé de date. J’ai ai été tout à fait pathétique, ce qui, curieusement, m’a soulagé.
Le lendemain, debout à six heures, nous filmons à huit heures trente le premier plan du documentaire.

Que c’est difficile de faire du cinéma, mon dieu…
C’est vrai que ce premier jour de tournage ne s’est pas passé de la meilleure des façons. Cependant je ne peux pas ne pas voir toutes les bonnes raisons qui justifient et atténuent cet apparent fiasco. Et la première c’est que nous n’avons pas pu, ou pas su, nous préparer comme il faut, et comme je le voulais : nous n’avons pas été une seule fois sur place avec la caméra pour mettre en pratique ce dont nous avions conçu la théorie. Ce samedi que je voulais à tout pris inclure dans mes jours de tournage aurait été idéal pour cela.
Moyennant quoi, ce qui devait être une demie journée de tournage où nous n’enregistrerions pas plus de vingt minutes de bande est devenu par la force des choses une journée complète, en grande partie utilisée pour ce qui en fait de prises n’étaient que des essais. Nous arrivons à 45 minutes, dont les quatre cinquième sont, de mon propre aveux, sans intérêt. Sauf à considérer que, si filmer un samedi était utile pour une question d’atmosphère et que les trois minutes bonnes sorties de ce merdier le sont réellement, tout l’inutile devient utile pour la réflexion qu’il nous impose. Qu’il m’impose à moi, comme réalisateur. Une base pour que notre manière de travailler évolue dans le bon sens et que le style, le ton, et le sens que je veux donner au film trouvent dès la prochaine journée leur cohérence, leur concrétisation. Mais dieu que c’est difficile, de faire du cinéma…

Une semaine plus tard, le tournage est terminé. Il est passé très lentement, comme une épreuve. Et j’ai enfin pu sans mauvaise conscience m’en écarter. Je suis allé au ballet, le samedi, à la Havane, invité par la petite amie plus ou moins régulière avec qui j’avais passé la nuit précédente. Un violon désaccordé ajoutait pour mon plaisir la note révolutionnaire à un Roméo et Juliette gentillet. Pendant ce temps, dans la salle de montage, Rodrigo travaillait.

La veille nous avions visionné les quatre heures de rushs et débattu, mon monteur, mon scénariste et moi, de la forme à donner à une première mouture. En comparaison de ma propre défaillance j’ai pu apprécier le zèle de mes coéquipiers. Bien que le matériel filmé soit bon – partiellement – je ne suis pas satisfait. J’ai su courbé l’échine, et sauver les apparences aux yeux des assesseurs – sauver le film, aussi, peut-être, nous verrons – mais… Non seulement j’ai dirigé à tâtons, surtout, je l’ai fait sans envie. L’esprit ailleurs, je me laissais porter par mon équipe et les évènements. Cela se sent : ce matériel hétérogène, ces plans trop longs, où il ne se passe rien, et où ce qui se dit, trop faible pour être écouté, n’apporte rien. J’ai quitté la peau de réalisateurissime, et il ne restait rien. Ce faisant, j’ai permis cela : parfois, mon photographe et mon sondier ont capté des moments charmants de quotidien, quelques fragilités, quelques vérités toutes vives et toutes tristes. Comme une petite souris, notre présence s’était réduite à la seule contingence technique, et, presque par désoeuvrement, nous regardions, et c’est aussi cela, filmer.

Nous avons vu les rushs et Daniel n’a pas applaudi, mon ami, mon producteur, si exigeant – les assesseurs, si, ces étrangers, ces idiots – mais demain Dani, je tacherai de nouveau de mériter, en plus de ton affection, ton admiration, car l’une comme l’autre me sont nécessaire. Je suis tout de même heureux et fier que Jacob et Maroquí aient été félicités par leurs assesseurs. Le montage va durer une petite semaine. Je ne regarderai rien ce samedi, mon jour de pause.

mercredi 29 septembre 2010

pour commentaire de camille

salut
pour les gens qui veulent communiquer avec moi, c'est super fqcile, envoie moi ton e mail dans un commentaire, je le publierai pas promis! parce que sinon passer par le blog c'est complicado pour moi...

vendredi 4 juin 2010

Angoisse eicétévienne

Depuis l’orage de cette nuit ma chambre est inondée. Je ne sais pas comment fait mon ordinateur mais il fonctionne comme un charme. Je le laisse presque tout le temps allumé pour éviter qu’il se noie dans l’humidité.

Hier nous ont été projetés les rushs de six des trente neuf « trois minutes ». En vidéo. On ne verra jamais la couleur ambrée de la péloche négative. Contrairement à ce que nous pensions nous n’avons pas même la possibilité de participer ni même seulement d’assister silencieusement à ce que l’on appelle le « téléciné », c'est-à-dire le basculement du négatif a une bande vidéo numérique, qui s’effectue sur une machine plus vielle que moi dans un des bâtiments de l’école. Cette opération est pourtant fondamentale. Pourquoi ? La pellicule est nettement plus généreuse en gamme de contraste que la vidéo. On peut avoir un noir très noir, un blanc très blanc, et des détails dans les deux cas. En vidéo, niet. Très vite tout ça se transforme en nappage hideux. Etalonner un téléciné pour un plan donné de façon a profiter de la gamme de contraste réduite du numérique, et reproduire cet étalonnage sur tous les plans, c’est courir le risque de cramer les blancs, de perdre une bonne partie des détails du plan et de donner a l’ensemble un aspect mal fini dés que le contraste s’élève un peu. C’est ce qui s’est passé pour beaucoup, et c’est dommage, car réellement vu la tolérance de la pellicule, un petit ajustage changerait tout. Nous le savons, parce que lors du précédent atelier de caméra, avec Jorg Eisler, nous avons filmé, et telecinématé, en mesurant tout. Cette vielle machine dont je vous ai parlé, elle le peut. Nous avons vu.

En somme on perd tout l’intérêt du 16 millimètres, et on ne garde que la complication du tournage, et le grain. On met a la poubelle cette qualité essentielle, et de nos jours inatteignable en numérique, la dynamique, la générosité dans les hautes lumières, qui assureront pour quelques décennies encore la suprématie de la pellicule en prise de vue cinéma. Et ce n’est pas seulement ça. L’image est bleue vert. Ils n’ont même pas été foutus de faire une balance des blancs correcte. A quoi ça a servi qu’on filme une charte de couleurs ? A faire joujou. A quoi ça a servi l’atelier de Jorg ? à faire joujou. Et pour quelles raisons ? Autant demander à un contrôleur des impôts des explications sur l’augmentation de la redevance.

C’est triste de sentir qu’on a fait 6000 kilomètres, espéré pendant dix ans, bossé sagement et sérieusement pendant un an, et que tout ce qu’on nous renvoie c’est du désintérêt. Pas de tous évidement. Et je ne vais pas citer les noms. Il y en a deux ou trois que je pourrai. Peut être que, comme on voudrait toujours nous le faire avaler, ce sera mieux l’an prochain. Peut être que c’est bien de faire joujou pour rien et que réellement, nos petit films ne valent pas qu’on se batte pour eux. Ou bien, peut être que ça vaut tout simplement pas le coup de payer 15000 euros pour passer trois ans de sa vie à faire joujou. Et je ne parle pas de nostalgie, là.

Lundi mes rushs seront projetés. On m’a menacé de ne pas les telecinémater entièrement parce que je dépasse le nombre de plans réglementaires, mais je crois que l’académie est trop fatiguée pour mettre sa menace à exécution. Je suis impatient, bien sur. Je suis un peu inquiet du résultat. Je crois que dans mon cas ils ne peuvent pas vraiment abîmer grand-chose. A moins d’étalonner le vert de ma jungle en gris moyen. De toute façon je pense que c’est déjà fait. Je suis plus inquiet pour la péloche de Mauricio où j’ai fait la photo. On a filmé dans une cabane assez sombre. J’ai fait exprès de sous exposer, et je n’ai pas envie qu’ils le corrigent en pensant que c’est une erreur. Je veux voir mon travail et que Mauricio puisse l’apprécier pour ce qu’il est et non pour ce qu’en auront fait des criminels bien intentionnés. J’ai parlé avec le technicien qui se charge de tout ça, et il m’a dit de passer lundi matin. Lui il fait ce qu’on lui demande. Il a les poings liés. Mais avec un peu de chance, ni vu ni connu, je peux me ménager une place de clandestin dans le prochain wagon et, qui sait, sauver quelque chose.

Et à par ça ? Beaucoup de nostalgie, deux Woody Allen, trois Billy Wilder et un Lubitch en guise de thérapie, puis un France Chine pour sombrer à nouveau dans la déprime…

samedi 19 décembre 2009

dernier message avant les vacances !



Jeudi soir, 22 heures passées :

Je sors de la Glauber où j’ai vu mon deuxième Chris Marker. Un régal. "Lettres d’un pays lointain". Le film parle de la Sibérie. Et je n’en dirais pas plus, sachant qu’André Bazin, deux ans avant sa mort, l’a vu et en a fait l’éloge, assurément mieux que je ne saurais le faire. Chris Marker, c’est donc cette petite pépite de docu et c’était déjà « La Jetée », ce film de photographies que nous avait commenté Dubois de façon redondante. Ce sera aussi « Sin sol », « Sans soleil », à voir donc impatiemment. Dans quelques secondes va commencer la deuxième partie de programme, un cadeau d’Iglesias, le meilleur prof du monde, « Inglorious Bastard », copie pirate en exclusivité. Je l’ai déjà vu, il vaut le coup, irais-je le revoir ? Ce qui me retient, à part le plaisir d’écrire, c’est le froid sibérien de la Glauber. Tu me diras, enfile un pull over, mais c’est que le mal est fait déjà.

Un mot tout de même de « Pura Mula », qu’une équipe « d’egresados » guatemaltèques fraichement diplômés de l’EICTV a présenté en compétition « primera copia » au festival. Ils ont gagné le budget de la post production. Ouah la honte les mecs. Moi je ne leur aurais pas donné. Pura Mierda. Rien. Nada. Un scénario de merde, des cadrages à chier en mini-dv (et dieu, qui s’emmerdait, créa le mouvement de caméra), et rien pour rattraper nulle-part… sinon l’ironie d’Iglesias. Trois minutes avant la fin, quelqu’un, en salle de projection, qui attend pour passer du Chris Marker et du Tarantino, et qui s’emmerde devant la dernière chiure de ses chers anciens élèves appuie sur le bouton « remain » de la télécommande. Il reste trois minute, et je me marre doucement.

Ah, non ! Malgré mes éternuements, malgré l’heure tardive et le fait que demain je doive me lever à six heures trente pour tirer des ronds à San Antonio, je ne puis résister à l’appel du Tarantino ! En suivant, je vous raconte comment cet après midi je suis allé à la banque acheter du rhum.


Le lendemain matin :

Nous attendons le prof. Nous sommes un petit groupe de lève-tôt dans le froid de la Titón. Il fait froid dedans et, une fois n’est pas coutume, dehors. Quelle chance ! Il pleut sur San Antonio… J’en reviens humide. J’étais attendu à la banque, dès huit heures moins le quart, soit un quart d’heure avant l’ouverture, non pour visiter les troquets de la ville à la recherche d’une bouteille de Nucay, mais bien pour retirer cent pesos convertibles. Je regarde ces ongles faux décorés de motifs floraux argentés parcourant les liasses de billets à la recherche des plus neufs, ou des moins vieux, selon le vent. Où commence l’art, où la perte de temps ?

Hier, dans la même officine. L’apagón empêchait toute opération et j’étais bien embêté. Cependant j’en profitais pour déambuler à la recherche d'une « tienda » (de la pizzeria au petit magasin en passant par la simple devanture de porte) où l’on me vendrait, en pesos cubains, une ou deux bouteilles de ces rhums qui ne s’exportent pas. Non qu’ils soient meilleurs que « l’añejo siete años » Habana Club… Pur esprit ethnographique que le mien.
Toujours est-il que je n’ai rien trouvé. Heureusement, de retour à la banque, et comme le courant n’était pas revenu, une des hôtesses s’est libérée pour m’accompagner jusqu’à un certain restaurant où j’ai finis par trouver mon bonheur sous la forme d’un stock de bouteilles de Nucay en plastique. Elles sont simps les banquières de San Antonio. Evidement des bouteilles en plastaique pour du rhum, ça ne paye pas de mine (et pourtant « Nucay » signifie « Or » en Indien), mais les bouteilles en verres étaient toutes parties dans un convoi pour les ferias de je-ne-sais-où, et moi, sincèrement, à cette hauteur là… je me conforme.

Moyennant quoi j’ai mes sous et mon rhum, j’ai mon taxi à quinze CUC réservé, deux boîtes de cigares de contrebande qui ne sont pas ceux qu’Yves m’a commandé (je n’ai pas eu le temps d’aller à La Havane depuis que le virement des parents est arrivé, et à San Antonio on est sans nouvelles du vieux Juan Lopez…) mais qui n’ont pas l’air mauvais.
Il ne me reste plus qu’à piocher un peu dans le terrain de foot pour ramener un peu de terre cubaine à Claire et enrichir sa collection. Et puis je me laisserai peut-être tenter par un ou deux souvenirs à la boutique de l’école, pour les frérots… De toutes façon, je vous préviens d’avance, pour les cadeaux ça va être vite vu : Petit passage à la Fnac Wilson en sortant de la gare, rayon cinéma vérité : Chris Marker, Alain Resnais, peut-être un russe par ci par là… Je vous les offre et je me les grave (c’est pas seulement pour moi, c’est pour la cause cinematographico-révolutionnaire (c’et presque un pléonasme) de mon héros et prof d’histoire Jorge Iglesias). Et puis je me grave dans la foulée le Alain Cavaliers que Marco m’a laissé en gage (d’amitié) depuis des mois qui deviennent des années.

J’ai commencé à écrire un petit bilan de ces premiers mois, mais il est déjà trop long pour figurer tel quel à cet endroit. Je vais le continuer et penser à une manière de le publier. Tout ça, depuis la France, où j’atterrirai si tout va bien après demain. Affaire à suivre. Des gros bisous en attendant, et merci à tous mes lecteurs, pourquoi ? Pour rien, gratuit, comme ça. Et puis pour les commentaires.



De Fichiers transférés


samedi 5 décembre 2009

Opening ceremony



Ça fait deux jours que le festoche a commencé. Et il me faut déjà une journée de repos, après les quatre films d’hier… pardon, les cinq, puisque je m’étais levé pour une rencontre avec un cinéaste expérimental canadien dès le petit matin. Alors à une heure trente, on remplit les quatre ou cinq guaguas, direction La Havane, l’Hôtel National, et les trois ou quatre cinémas de la calle 23. A ce train, je crains de perdre mes quatre kilos durement gagnés. D’autant que les trois euros par jour, supposément suffisants pour tous nos besoins de la soirée, ne le sont pas. Hier, j’ai dû essayer de me couper la faim avec une Tukola et deux cents grammes de glace au chocolat, pour terminer vers une heure trente avec un sandwich au jambon du Rapidito, plus une banane que j’avais en réserve dans la chambre. L’alternative, c’est la part de pizza surgelée - très peu pour moi - ou le restau, mais là c’est plus cher.


Laissons de côté l’aspect financier et venons-en au contenu : D’abord, la soirée d’ouverture. Et ben, mazette, c’était rudement bien. D’autant plus qu’imprévu. On nous a gratifiés, en guise d’introduction à l’emphatique discours du vieux père Alfredo Guevarra (rien à voir avec le Che), d’un mini concert du virtuose Chucho Valdes. Piano solo sur "Besame Mucho" et "Rumba Guajira", puis, pour compléter la photo de famille, apparition d’une larronne d’un autre âge, mais encore en forme : Su Majestad Omara Portuondo, Reina de la Salsa Cubana, pour une paire de "Dardeñas", "Veinte años", et je ne sais plus quelle autre buenavistade… le fantôme d’Ibrahim Ferrer n’était pas loin.

Transporté par l’émotion qui m’envahit, je ne savais qui, de l’ami Kvitko à ma gauche ou de la jolie poupée cent pour cent cubaine à ma droite, j’avais le plus envie d’embrasser. J’ai failli en pleurer.

Et les films alors ? Oh, ben, vous savez, moi le cinéma…


Ha ha, je rigole. Non, bon, à part une vielle merde protubérante intitulée "El Niño Pez", j’ai vu des trucs plutôt sympas. Le film de l’ouverture est rigolo, mais comment est-ce qu’il s’appelle? Dedans y a un plan impossible : On part d’un plan général vue d’avion d’un stade de foot au milieu de la ville, on rentre dans le stade en on suit une action de ouf qui se termine par un tir sur la barre transversale, mais le plan continue en plongée zénithale sur le virage nord et descend brusquement pour s’arrêter en plan rapproché sur le protagoniste perdu dans la foule. C’est un genre de polard, assez délirant. Pas franchement parfait, parfois même assez au pif, mais rigolo, avec de chouettes personnages, une trame originale, et une petite touche historico-polémique. Et c’est, mesdames et messieurs, le record d’affluence absolu en Argentine.

Et puis aussi, à part cette grosse merde (argentine aussi, avec Inés Efron. Le film le plus vide, incrédible et prétentieux que j’aie vu depuis "La Squale" - Inés s’en sort bien d’ailleurs; on lui voit les nénés, à trois reprises, ce qui de l’avis général… ne sauve pas le film, mais c’est au moins une tentative, et de loin la plus convaincante) bref, à part ça, et ben trois petits films sympas.

Le premier sur un genre d’impresario et son champion de lutte libre qui se produisent de ville en ville à travers l’Uruguay: "Mal día para pescar", une histoire simple et amusante, avec même un peu de suspens et un final... un final... un final, quoi! Le dernier, "Francia", un autre film argentin, assez chelou mais sympatique, sur une petite à problème et ses parents séparés. Bien chelou quand même. Et puis, le coup de cœur, entre "Tatie Danielle" et "Festen", "Nana", un film chilien, à voir.


Maintenant, en ce qui me concerne, je ne sais pas trop ce que je vais faire, mais ce qui serait bien serait que je commence à écrire des choses utiles comme un scénario pour le « tres minutos », l’exercice principal de l’année, qui va arriver vite. Ce qu’il y a, c’est que… Oh, rien. Il pleut. J’ai envie d’être déjà dans une petite vingtaine. Au chaud devant la cheminée. Vivienne me manque. Je vais peut-être faire un footing ou des altères, parce qu’il faudrait pas que deux semaines de festival ne détruisent ce que trois mois d'entraînement spartiate ont fait de moi : Un autre homme, avec mes quatre kilos de muscles en plus ! Et il me faudra au moins ça, si comme je l’imagine Vivi aussi, de son côté, s’est un peu remodelée, au pays du cidre, de la crème fraîche et des crêpes au beurre salé… Bon, j’arrête là avant que ça devienne pornographique.


Ah, oui! Le titre, c'était "El secreto de sus ojos". Le secret de ses yeux. Mais y a des chances pour que la traduction diverge pour la sortie en France. D'ailleurs on pourrait faire un jeu-concours, à celui qui trouve la meilleure traduction. Un prix pour celui qui trouve la bonne, un autre pour celui qui en trouve une vraiment mieux. Et si le film ne sort pas en France? Ah, me racontez pas de blagues, il sera au moins à Toulouse pour les rencontres du cine latino, on verra bien s'ils proposent une traduction, eux... Ce que je peux ajouter comme élément, c'est que le film est tiré d'un roman dont le titre est, si je me souviens bien... "El Misterio de sus ojos". Si votre imagination n'est pas stimulée, je ne vois pas ce qu'il me reste à faire. Vous raconter la fin? Il ne meurt pas. Jejeje... Evidemment, moi, je n'ai pas le droit de participer, alors à vous de jouer. On gagne quoi? A part un hébergement trois étoiles à quarante bornes de La Havane vol non compris, franchement je ne sais pas. Je vous tiens au courant si un truc me vient. Un cigare? Mouais...

mercredi 2 décembre 2009

Mi lugar en el mundo

Dans cet espace qui ressemble encore bien trop à la pièce vide, avec ses murs et ses meubles blancs, ses dalles grises et ses rideaux bleus, que j’ai trouvée en arrivant et qui est mon antre, j’aborde la nuit.  A défaut d’une lampe de bureau, je baigne dans la lumière pâle du néon.


Je n’ai pas eu beaucoup de temps la semaine dernière pour vous commenter la suite de l’atelier de production, qui est bien terminé. Franchement je n’ai pas plus de temps ce soir, après un week-end plus glandouilleur tu meurs, sachant que je n’ai pour ainsi dire pas commencé le travail d’histoire du ciné ibéro-américain que je dois rendre demain à la première heure. « Procrastinar », voilà ce que j’ai fait toute la journée, entre tournoi de PES 10, guitare (j’ai déchiffré « Besame Mucho »), et divers autres tue temps improductifs. Improductifs ?


Je vais quand même dire un ou deux mots de cet atelier. Nous avions donc chacun notre rôle particulier dans la même petite équipe tout au long des deux semaines. Nous avions ce scénario, « El Loro » (Le Perroquet), de Pedro Solars (scénariste de « Historias Mínimas », Nico ça doit te parler…) et pour objectif d’armer un dossier de production type, avec budget détaillé, plan de tournage, locations, liste de permis divers, etc… Et bien sûr une proposition esthétique, ce que nous appelons « note d’intention » en France, je crois. Une note d’intention principale, abordant chaque aspect de la réalisation, et plusieurs autres préparées par les différents chefs de poste : directeur artistique (décorateur), post production (son, montage, processus de post production) ; et un plan de caméra et lumière pour trois scènes au choix, tout cela en fonction de la proposition principale du réalisateur, c'est-à-dire moi.


Et bien, ça n’a pas été facile. Et pourtant, techniquement, ce n’était pas terriblement compliqué, mais le problème était ailleurs : Au sein du groupe, nous avons frôlé la noyade. Pourquoi, comment ? Je n’y suis pas tout à fait pour rien. Peut-être ai-je pris le travail un peu à la légère, et de fait, au moins dans un premier temps, n’ai-je pas vraiment donné confiance à l’équipe. J’ai pris mon temps, quand la plupart des tâches de chacun ne pouvait qu’attendre après moi. Le doute s’est installé, et en même temps, l’assistante de direction, remontée comme une horloge, a commencé à mettre la pression à tout le monde. Or, tout le monde n’y pouvait rien, ne sachant pas vraiment dans quelle direction aller (bon je schématise, y avait quand même des trucs qui avançaient de tous les côtés). Bref, la tension a monté progressivement…


J’ai avancé de mon côté, et j’ai avancé avec chaque chef de poste, tranquillement. A mesure que mes idées se précisaient,  et que tous commençaient à me suivre, le conflit se resserrait : Elle, qui ne me suivait pas, mais alors pas du tout, et moi qui me contentait de lui prêter le moins d’attention possible. Elle, qui s’enfermait dans son obsession et courait après chacun, se mettant peu à peu à dos toute l’équipe. Sincèrement, elle nous a fait chier jusqu’au bout. Et bien. Mais bon, après une série d’orages des plus électriques et un climax tendu comme un câble, au cours duquel le bon Daniel a eu la valeur de jouer au paratonnerre pendant qu’en me faisant tout petit j’essayais de tirer les marrons du feu, nous avons rendu le dossier dans les délais. Puis l’armée polonaise en déroute, consciente de l’aspect peu diplomatique de ses dernières attaques nucléaires aveugles, nous a télégraphié qu’elle venait de payer la solde mensuelle à ses garnisons de mercenaires sanguinaires, et implorait de ce fait un peu de commisération et de mansuétude. L’explication était maigre, les excuses subtiles. La petite Aleksandra et son sourire charmeur  y auront tout de même laissé quelques plumes. D’ailleurs le sujet n’est pas clos, simplement on va laisser un peu d’eau couler sous les ponts avant de le réaborder. En attendant, je ne travaille plus avec elle, voilà !


Ensuite on devait faire un « pitch », c'est-à-dire une présentation orale de notre projet en dix minutes maxi, avec pour objectif virtuel de convaincre un producteur d’apporter les 25% du budget manquant au plan de financement. Je me le suis tapé. On a un peu bâclé la préparation, y avait pas de vidéo ni de mise en scène, pas même un petit « power point »… Non, juste moi et mon plan en trois actes, fort de ma demie heure de répétition du petit matin, essayant de pas trop chercher mes mots… Franchement, à part que, en soit , c’est pas idiot d’apprendre à se vendre comme réalisateur, et que c’est de fait ce qui peut se vendre le mieux dans cette histoire, la langue reste une putain de difficulté supplémentaire, et Daniel, qui en gros m’a dicté le discours, s’en serait mieux sorti. J’ai eu l’air con pendant quelques minutes, mais c’est passé, et au final, tout bien pesé, le prof nous a félicités. De fait, la proposition esthétique que j’ai pondue (pas tout seul je dois dire, Daniel encore, en tant que producteur, m’a pas mal aidé… Sans parler du fait que s’il avait pas été là pour tempérer un peu l’atmosphère, je sais pas ce qui se serait passé) a vachement plu.


Pour ainsi dire, c’était la seule qui proposait de raconter l’histoire que raconte le scénario original. Les autres, avec leur pitch en 3D vachement mieux que le mien (le papier cul aussi ça se vend bien, mais on n'est pas là pour refaire le monde…), prétendaient, pour la moitié d’entre eux, emphatiser tel ou tel aspect interprétatif à grands coups de concepts abstracto-délirants, super créatifs mais selon moi à côté de la plaque : Le scénario, en quelques mots, c’est l’histoire d’un jeune mec un peu perdu, vétérinaire, père de deux enfants, résigné à un nouveau boulot dont il se fout complètement, qui, pendant son premier jour de taf dans sa clinique pour animaux de compagnie de banlieue, voit entrer des personnages tous plus zarbis les zuns que les zautres, se prend d’affection pour un perroquet de trente six ans, recueille une chienne incontinente, engage un débile mental, pas si débile que ça, comme aide vétérinaire, et se laisse attendrir par toute une série d’évènements mineurs, qui lui font changer de regard sur sa clinique et sur la vie en général. L’idée, c’est que ces petites choses sans importances peuvent en avoir une plus grande qu’on le pense, si on sait les regarder. Et que parfois c’est quand on a arrêté de chercher sa place dans le monde qu’on finit par la trouver.


Alors, faire jouer tous les animaux de la clinique par des enfants en bas âge, je sais pas si c’est très pertinent… Ni tellement l’idée de les remplacer par des maquettes en carton animées en stop-motion (quoique, je l’admets, l’idée soit séduisante… Sans fondement, mais séduisante…). Du coup, on repartirait presque satisfait (on va attendre la note quand même), si ce n’était l’impression de ne pas avoir su maitriser notre propre processus. D’avoir dépensé de l’énergie pour rien, et de ne pas en avoir dépensé assez. De pouvoir faire mieux. De devoir faire mieux.


Oui, mais, faut s’y atteler…


Je ne vais pas me laisser gagner par la productivite, malgré le froid qui s’est abattu sur mon île et qui me donne une jolie voix erraillée… Enfin, je veux dire, sachant comme je suis gravement atteint, je vais tâcher de me curer… Avant demain matin… Et pondre enfin ce devoir d’histoire du ciné ibéro-américain…


Merci pour tous les commentaires, c’est toujours un plaisir de les lire ! Comme je n’ai pas accès à mon propre blog, c’est papa qui publie tout, y compris vos messages, alors patience, ça peut prendre deux ou trois jours…


Et des gros bisous ! VOUS ME MANQUEZ !!!